« Ils seront juges dans les contestations, et ils jugeront d’après mes lois. »
Ezéchiel 44, 24 1ère partie

Huber Oddo
Chemins de réflexion
Une tension créatrice
Oui il est important de respecter les règles, c’est le ciment du « contrat social », elles assurent la justice, protègent les plus vulnérables et permettent une coexistence ordonnée dans des sociétés complexes. Les règles rendent possible la vie en communauté. Mais le pouvoir de les contester doit aussi faire partie du processus.
Intégrer la contestation au cœur du processus de création des règles, c’est reconnaître que celles-ci ne sont jamais parfaites ni définitives. Une société juste et démocratique doit accepter que ses normes évoluent avec le temps, à mesure que les besoins, les valeurs et les connaissances changent.
Ainsi, loin d’être un obstacle, le pouvoir de contester les règles est une condition essentielle de leur légitimité. C’est en intégrant les voix discordantes que nous pouvons bâtir des lois plus inclusives, plus équitables et plus adaptées à la réalité de nos vies.
En cela, la contestation n’est pas une négation de l’ordre social, mais un vecteur de
progrès et de renouveau. L’art de vivre ensemble réside alors dans la tension créatrice
entre conformité et contestation.
Brice Deymié, pasteur de l’Église protestante française au Liban
L’art de vivre ensemble réside dans la tension créatrice entre conformité et contestation.
Déplacer le curseur
L’apôtre Paul n’a pas la réputation d’être un anarchiste. Pourtant, dans une société romaine hyper régulée, il affirme haut et fort : « Tout est permis, mais tout n’est pas utile. » Tout est permis… Rien que ça ! On l’imaginait plus rigoriste. En réalité pour lui, la règle est d’abord une indication, un point de repère, plus qu’une norme pénale. La règle fait grandir quand elle nous oblige à réfléchir, et quand s’y soumettre nous renvoie à rechercher humilité et cohésion sociale ; car tout n’est pas utile.
Mais la règle peut être oppressante, et parfois même profondément injuste ! « C’est toi qui écris les règles », disait une publicité pour des chaussures de sport. Beau fantasme de toute-puissance. Beau mensonge séducteur à destination des adolescents. Ce désir d’autodétermination est malgré tout une réaction compréhensible à la surenchère de la loi : alors que nous voulons toujours plus de libertés, nous voyons que la loi échoue à protéger ces libertés, puisque près de 400 textes de régulation sont mis en place par jour en France aujourd’hui.
Bref, entre s’y soumettre totalement et choisir la désobéissance civile, notre vie consiste à déplacer le curseur. On appelle ça… l’éthique.
Gilles Boucomont, pasteur, président de la Mission évangélique pour les sans-logis, Paris
Une hiérarchie des règles
Je m’engage au sein d’une association qui défend des personnes dont certaines ont choisi de transgresser des règles, parce qu’elles étaient indignes, injustes. Je suis convaincu qu’il existe une hiérarchie des règles et lorsque la dignité humaine est en jeu, le refus de s’y soumettre devient un impératif.
Mais je crois tout autant essentiel de respecter des règles librement consenties. Issues d’un processus démocratique au sein de la société ou d’un consensus dans nos associations, elles incarnent un engagement collectif. À l’ACAT-France, par exemple, les contourner sous le seul prétexte que nous défendons la justice serait compromettre notre crédibilité et donc notre action.
Certaines incohérences, toutefois, me révoltent profondément. Quand des États, comme le nôtre, se réclament des droits de l’homme, ont signé la charte des droits fondamentaux de l’Union Européenne consacrant le droit d’asile au chapitre 18 et manquent à leurs engagements ; quand le devoir d’assistance, en particulier envers les migrants, devient une exception au lieu d’être la règle, cela me bouleverse. En tant que chrétien, je me demande alors : que reste-t-il de notre parole, de notre humanité, lorsque nous tournons le dos à ceux qui en ont le plus besoin ?
Luc Bellière, vice-président protestant de l’ACAT-France
Toi qui inspires l’ordre et le juste équilibre,
Apprends-nous à comprendre la valeur des règles
Comme des gardiennes du bien commun,
Des chemins tracés pour préserver la paix et l’équité.
Seigneur de justice,
Nous savons que les règles ne sont pas parfaites,
Car elles sont l’œuvre de mains humaines.
Mais elles sont aussi des témoins de nos espoirs,
Des repères pour éviter la confusion,
Et des ponts pour relier nos différences.
Chaque semaine La Boussole répond à des questions posées par des lecteurs. Pasteurs, aumôniers et acteurs de terrain dialoguent.