Quand vous regardez le ciel,
La Bible, Évangile de Matthieu, chapitre 16, verset 3
vous savez quel temps il va faire. Mais les choses qui se passent maintenant, vous ne savez pas ce qu’elles veulent dire.

Marie-Hélène Vallade Huet
Chemins de réflexion
Résistons à la tentation de l’abstentionnisme
Oui, je crois que je dois voter. Même si, dans notre pays, voter n’est pas une obligation
mais un droit que chacun est libre d’exercer.
En protestantisme, on valorise la conscience individuelle, la responsabilité face aux enjeux, et la culture de la participation, de la discussion. Et il est bon de se rappeler, régulièrement, en déposant un bulletin dans une urne, que ces valeurs font vivre notre démocratie.
Cela dit, nous devons faire face, collectivement, à la tentation de l’abstentionnisme.
Je trouve intéressant de réfléchir à ce paradoxe : les Français sont attachés à la figure de leur maire, ils le connaissent, le rencontrent, font appel à lui. Et pourtant, en 2020, seuls quatre électeurs sur dix se sont déplacés au second tour des municipales. Effet Covid, qui n’explique pas tout…
Ce glissement des consciences pourrait bien mettre en danger notre état de droit.
Il est loin le temps où les Églises donnaient des consignes de vote, et c’est heureux.
Mais nous ne devons pas oublier d’exercer notre devoir de citoyen. Lorsque nous allons voter, et à plus forte raison quand nous ne sommes pas nombreux à le faire, nous sommes des grands électeurs !
Élisabeth Walbaum, déléguée à la réflexion et l’animation spirituelles à la FEP
Ce glissement des consciences pourrait bien mettre en danger notre état de droit.
Il est loin le temps où les Églises donnaient des consignes de vote, et c’est heureux.
L’intérêt général prévaut
À quoi bon ? Tous les mêmes ! L’hésitation est légitime : dois-je me déplacer pour voter ?
Les cafés ferment, les comptoirs se vident, et les études le confirment : sans ces lieux de parole, l’isolement gagne et le vote extrême progresse, même sans menace visible. La solitude nourrit la peur, remplace le dialogue par la défiance.
Voter, ce n’est pas applaudir un système parfait mais faire un geste pour les autres : bénévoles et engagés locaux qui plient sous la pression, abandonnés si je m’abstiens. C’est soutenir leur don au bien commun. L’intérêt général dépasse mon intérêt propre.
Voter, c’est aussi défendre une démocratie fragile dont les effets se mesurent surtout lorsqu’elle est bafouée voire supprimée. Un espace où chacun peut s’exprimer, normalement dans le respect des différences.
Le pluralisme, une justice active, des médias critiques et des alternances possibles… méritent ce minimum : mon déplacement, mon vote. Sans mon bulletin, d’autres décideront.
L’urne n’est qu’une étape. Il conviendra de s’impliquer pour le vivre-ensemble. La Bible m’enjoint de choisir la vie, de respecter nos différences, de regarder vers l’avenir et de laisser de côté les ombres menaçantes du passé.
Voter relance l’espérance, refuse la passivité.
Philippe Aurouze, pasteur, aumônier national protestant des prisons
Voter relance l’espérance, refuse la passivité.
Oui, je vais voter
Ma réponse sera celle d’un enfant né en 1955 à Grenoble, au pied du Vercors, ville et région qui payèrent un lourd tribut à la Résistance antinazie ; enfant qui devint professeur d’histoire-géo et d’éducation civique…
Alors oui, je vais voter parce ce que j’ai une dette envers ceux qui ont souffert et donné leur vie pour que je puisse exercer ce droit.
Un droit que je sais être le fruit de combats longs et incessants, jamais acquis et encore à venir pour peu que nous regardions au-delà de nos frontières. Alors oui, je vais voter parce que l’abstention a toujours pour moi le goût de la trahison.
Je ne suis pas naïf et je sais que le droit de vote est perfectible par le type de scrutin ou l’élargissement de l’électorat (citoyens hors Union européenne résidant durablement en France).
Mais j’ai un attachement particulier pour le prochain scrutin, le plus démocratique puisque nous élirons les centaines de milliers d’hommes et de femmes qui formeront les conseils municipaux, dans une proximité réelle avec la population.
Et sur le plan social, je mesure les conséquences, pour le quotidien et l’avenir d’une Fraternité de la Mission Populaire, d’une orientation politique qui établit une distinction entre les plus précaires et les plus nantis.
Alors oui, je vais voter.
Jean Loignon, vice-président de la Fraternité de Saint-Nazaire
Aide-nous, Seigneur, à poursuivre l’œuvre de ceux qui se sont battus pour le droit de vote, à soutenir ceux qui se présentent aux élections, à faire vivre notre démocratie en prenant notre place dans la marche du monde.
Tu es au milieu de nous, même si nous ne savons pas toujours ce que veulent dire les choses qui se passent maintenant.
Amen
Chaque semaine la Boussole répond à des questions posées par des lecteurs. Pasteurs, aumoniers et acteurs de terrain dialoguent.