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Dès le jeune âge, le besoin d’habiter

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bimba che gioca nella casetta sul prato

De nombreux fabricants proposent des centaines de modèles de petites maisons pour enfants, en bois ou en plastique, qui peuplent jardins publics et privés. Il est intéressant d’observer comment les enfants investissent ces maisonnettes, qui sont bien plus que de simples jouets.

Certains y organisent des jeux symboliques en mettant en scène des situations de la vie familiale : repas, coucher, accueil de visiteurs. D’autres s’approprient cet espace et en chassent les intrus. Ils se conduisent alors en véritables défenseurs d’une forteresse qui leur appartiendrait « du fait du premier occupant » du moment.
Les plus jeunes y confortent souvent leurs différenciations de l’espace intérieur par rapport à l’extérieur, et passent leur temps à fermer et ouvrir les fenêtres, volets et portes de la maisonnette.
Celle-ci est donc bien plus qu’un simple jouet mis à disposition des enfants par des adultes bien intentionnés.

Se retrouver avec soi-même
Dans les espaces éducatifs (crèche, école maternelle, etc.), la maisonnette prend parfois la forme d’une tente ou hutte dans laquelle les enfants se réfugient pour s’isoler des autres ou se reposer un moment. Certains professionnels de l’enfance l’utilisent de manière quasi thérapeutique lorsque des enfants « explosent » parmi les autres, dans la salle ou la classe. Envahis par des émotions intenses de colère qui se manifestent par des hurlements, trépignements et désordres moteurs, ces enfants se montrent incapables de se calmer par eux-mêmes et de contenir ces émotions qui les submergent.
Ils sont amenés alors à rejoindre volontairement la maisonnette, espace limité et contenant, pour s’y apaiser dans une atmosphère feutrée seuls avec eux-mêmes, et non sous le regard curieux ou stupéfait des autres enfants.

Une fonction vitale
Le besoin de se cacher des autres, de se retrouver dans un espace à sa mesure ou de se fabriquer son propre lieu conduit souvent les enfants à se construire, à l’intérieur de l’habitat de leurs parents (y compris dans leur propre chambre), une maison. Fait de tissus et objets divers trouvés ici ou là dans l’appartement ou la maison familiale, cet habitat précaire construit parfois à partir de chaises recouvertes de tissus ressemble à un terrier dans lequel l’enfant a peu d’espace pour évoluer et doit se glisser ou se contorsionner pour y entrer. Il y reste recroquevillé sur lui-même, tolérant mal d’en être délogé comme si cet espace clos avait pour lui une fonction vitale.

Un apprentissage de la vie d’adulte
Enfin, la rencontre avec la nature, soit dans le cadre spontané de la promenade en forêt soit dans le cadre organisé d’un camp scout, met en évidence le désir ou la nécessité de se construire ou de monter un abri pour le plaisir ou pour y vivre durant un temps défini. Jeu ou nécessité, cette construction réclame des savoir-faire que les enfants vont acquérir au fur et à mesure de leurs expériences fructueuses et infructueuses.
Dans ce travail de construction, les enfants y gagnent en créativité, compétences et autonomie. Ils y développent leur intelligence spatiale car il faut imaginer l’abri dans ses trois dimensions pour pouvoir le réaliser. Ils y entretiennent leur sens de la responsabilité car il leur faut répondre des différentes étapes de la construction et de sa réalisation en imaginant les conséquences de chaque action. Et ils y conquièrent une assurance qui leur sera utile et nécessaire face aux situations et épreuves de leur vie future.

 

Édith Tartar Goddet
Présidente de l’association protestante pour l’éducation et l’enseignement

Source : Education, Proteste n°139, septembre 2014



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