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Liban : face à la guerre, les Couloirs humanitaires permettent d’agir

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Des habitations détruites au Liban

Alors qu’une nouvelle escalade militaire a débuté au Liban début mars et que des centaines de milliers de personnes ont été déplacées, les Couloirs humanitaires poursuivent leur action auprès de familles réfugiées particulièrement vulnérables. Depuis Beyrouth, Soledad André Amra, cheffe de mission de la Fédération de l’Entraide Protestante, témoigne de la situation et de l’importance de ces voies sûres qui permettent à certaines familles de trouver une protection en France grâce à la mobilisation de collectifs citoyens.

Les Couloirs humanitaires, une voie sûre vers la protection

Depuis 2017, la FEP met en œuvre au Liban le programme des Couloirs humanitaires, une voie d’accès légale et sûre à la protection pour des personnes réfugiées particulièrement vulnérables. Ce dispositif permet à des familles temporairement réfugiées au Liban d’être accueillies en France grâce à la mobilisation de collectifs citoyens présents dans plusieurs régions.

Ces collectifs, accompagnés par la FEP et ses associations membres, s’engagent à soutenir l’installation des familles pendant leurs premiers mois en France. Depuis la création du programme, près de 500 personnes ont ainsi pu rejoindre la France dans un cadre sécurisé et accéder au statut de réfugié ou à la protection subsidiaires.

Plus de deux ans de guerre au Liban

Plus d’un an après la signature d’un accord de cessez-le-feu entre Israël et le Hezbollah, intervenu après treize mois de guerre déclenchée le 8 octobre 2023 par le Hezbollah dans le cadre de son soutien au front de Gaza, l’armée israélienne a repris, dans la nuit du 2 mars 2026, une campagne militaire de grande ampleur contre le Liban en bombardant la banlieue sud de Beyrouth. Depuis son entrée en vigueur le 27 novembre 2024, cet accord de cessez-le-feu avait fait l’objet de nombreuses violations ; plus de de 12 000 [1] de la part d’Israël selon les Nations Unies, notamment des frappes aériennes, tirs d’artillerie, incursions terrestres, destructions de bâtiments ou tirs en direction de civils.

Les 1er et 2 mars 2026 ont marqué un tournant dans cette guerre, avec des bombardements israéliens intensifs visant plusieurs localités du Sud Liban et s’étendant jusqu’à Saïda. Dans un contexte régional extrêmement tendu lié au déclenchement d’une guerre américano-israélienne contre l’Iran et à l’assassinat du Guide suprême iranien Ali Khamenei, le Hezbollah libanais a lancé plusieurs roquettes vers le nord d’Israël, rompant à son tour le cessez-le-feu. Israël a alors annoncé la reprise d’une campagne militaire à grande échelle, menant des frappes aériennes sur la banlieue sud de Beyrouth, le Sud-Liban et la plaine de la Bekaa. Depuis lors, les bombardements se sont intensifiés et ont provoqué de nouveaux déplacements forcés et massifs de la population.

Une guerre qui affecte majoritairement les civils, libanais comme réfugiés

Cette nouvelle escalade intervient dans un contexte humanitaire déjà extrêmement fragile. La crise économique qui frappe le Liban depuis plusieurs années a considérablement aggravé la pauvreté et l’insécurité alimentaire. En mai 2025, les Nations Unies estimaient que 1,17 million[2] de personnes au Liban faisaient face à une insécurité alimentaire aiguë, dont 515 000 réfugiés syriens et 67 000 réfugiés palestiniens. Les régions les plus touchées — notamment Baalbek, Hermel, Bent Jbeil, Nabatieh, Tyr ou Akkar — correspondent à celles qui ont subi les bombardements les plus intenses au cours des deux dernières années.

Treize jours après le début de l’escalade actuelle, les autorités libanaises recensent 687 morts et 1 774 blessés. Le nombre de déplacés internes dépasse 822 600 personnes, auxquelles s’ajoutent près de 90 000 personnes qui n’avaient déjà pas pu rentrer chez elles après les combats de 2024. Parmi les personnes touchées figurent majoritairement des citoyens libanais, mais aussi de nombreux réfugiés syriens et palestiniens. Le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés estime qu’environ 245 000 réfugiés sont affectés par les bombardements depuis le 2 mars. L’agence a également enregistré 70 000 passages de réfugiés syriens du Liban vers la Syrie depuis le début de l’escalade.

Les Couloirs humanitaires continuent d’accueillir

Dans ce contexte sécuritaire très dégradé, l’équipe des Couloirs humanitaires poursuit son travail auprès des familles réfugiées les plus vulnérables. Certaines envisagent aujourd’hui un retour vers la Syrie pour fuir les bombardements au Liban, malgré les risques qui subsistent dans leurs régions d’origine. Pour d’autres, ce retour reste impossible en raison de craintes de persécutions.

L’équipe de la FEP accompagne ainsi des familles directement exposées aux bombardements, en cherchant des solutions d’évacuation ou d’hébergement temporaire lorsque cela est possible. Parallèlement, elle continue d’organiser les départs vers la France pour les familles qui disposent d’une solution d’accueil grâce à des collectifs citoyens mobilisés.

Une famille palestinienne de Syrie prise en étau entre les bombardements au Liban et l’impossibilité de retour en Syrie

Parmi les familles accompagnées figure celle de Amir et Nour (les prénoms des personnes ont été modifiés afin de préserver leur anonymat), réfugiés palestiniens de Syrie originaires du camp de Nayrab à Alep. Ce couple a fui la Syrie avec ses deux enfants en 2012 pour échapper à la répression du régime de Bachar Al-Assad dans la région d’Alep et aux violences entre milices au sein du camp. Déjà engagé dans des initiatives de soutien à la société civile en Syrie, Amir s’est également impliqué au Liban dans des projets de soutien aux réfugiés.

Comme de nombreux Palestiniens originaires de Syrie, la famille fait face à une situation particulièrement précaire. Doublement réfugiés — car réfugiés Palestiniens en Syrie puis réfugiés au Liban — Amir et Nour se heurtent depuis des années à de nombreuses restrictions et discriminations, notamment en matière d’accès aux droits, à l’emploi ou à la protection.

Installée dans le camp de Borj el-Barajneh, dans la banlieue sud de Beyrouth, la famille a de nouveau été directement exposée aux bombardements de mars 2026 après ceux de 2024. Le 5 mars, après un ordre de déplacement forcé visant toute la banlieue sud de Beyrouth, la famille a dû fuir sans solution d’hébergement. Faute de place dans les centres d’accueil, car majoritairement non-accessibles pour les non-libanais, elle a finalement été contrainte de retourner dans le camp malgré les bombardements.

Après des années d’exil et plusieurs déplacements forcés, la famille devrait prochainement rejoindre la France, ayant tout récemment obtenu un visa humanitaire. Leur arrivée est rendue possible grâce à l’engagement d’un collectif citoyen qui s’est mobilisé pour les accueillir et les accompagner dans leur installation.

La solidarité citoyenne au cœur des Couloirs humanitaires

Alors que la situation au Liban continue de se dégrader, les Couloirs humanitaires restent aujourd’hui l’une des rares voies sûres permettant à certaines familles réfugiées particulièrement vulnérables d’accéder à une protection. Chaque départ vers la France n’est toutefois possible que grâce à l’engagement de collectifs citoyens prêts à accueillir et accompagner une famille dans leur territoire, avec le soutien de la FEP et d’associations spécialisées.

Dans ce contexte, la mobilisation de nouveaux collectifs peut permettre à d’autres familles particulièrement vulnérables d’accéder à ce dispositif dans les mois à venir. Pour en savoir plus sur le fonctionnement du programme et les modalités d’engagement :

Voir la video de présentation des Couloirs humanitaires 

Découvrir la plaquette de présentation des Couloirs humanitaires 

Faire un don à Solidarité Protestante pour le Liban 

[1] « Violations israéliennes par milliers : un an de « cessez-le-feu » au Liban en infographies », L’Orient le Jour, 27 Novembre 2025

https://www.lorientlejour.com/article/1486124/infographies-plus-de-12-000-violations-israeliennes-au-liban-en-un-an-de-cessez-le-feu.html

[2] [2]« Liban : 1,2 million de personnes connaissent une insécurité alimentaire aiguë malgré le cessez-le-feu », ONU info, 22 mai 2025,

https://news.un.org/fr/story/2025/05/1155791#:~:text=Environ%201%2C17%20million%20de,des%20agences%20des%20Nations%20Unies.