Les 4 et 5 février, plus de soixante-dix acteurs et actrices du secteur migratoire se sont réunis à Paris pour deux journées d’échanges consacrées à l’avenir des voies sûres et légales pour les réfugiés.
Coorganisée par la FEP et cinq partenaires — ICMC / Share Network, IRAP, Migration Policy Institute, Synergies Migrations — la rencontre s’est tenue à la Maison du Protestantisme puis à l’ambassade du Canada.
Malgré des agendas chargés en ce début d’année, la forte mobilisation des participants a témoigné d’un besoin partagé : faire le point collectivement sur un système en pleine tension et identifier des pistes concrètes pour l’avenir.
Un contexte mondial de plus en plus difficile pour l’accès aux voies légales
Les échanges ont rapidement fait émerger un constat commun : les voies légales de protection font face à une fragilisation sans précédent. Parmi les facteurs identifiés :
- Une politisation accrue des migrations, en Europe comme en Amérique du Nord, qui réduit l’espace d’accueil.
- La crise du logement, l’inflation et les restrictions budgétaires, qui limitent la capacité d’accueil des collectivités locales, universités et institutions.
- La multiplication des crises humanitaires et géopolitiques, qui complexifie les opérations de réinstallation.
- La suspension de programmes majeurs (notamment vers les États‑Unis et l’Allemagne), combinée à une diminution de l’aide humanitaire occidentale.
Ces éléments dessinent un paysage préoccupant pour les personnes en quête de protection internationale. Pour autant, des marges d’action demeurent. Plusieurs pays poursuivent l’expérimentation de nouvelles voies légales. Le Pacte mondial sur les réfugiés, les Forums mondiaux pilotés par le HCR et le cadre européen pour la réinstallation structurent aujourd’hui une coopération internationale essentielle.
Mobilité étudiante et professionnelle : un levier de développement mais un risque pour les enjeux de protection
La première journée était consacrée aux voies de mobilité académique et professionnelle pour les personnes réfugiées.
Un enjeu central a animé les discussions : comment développer ces voies sans qu’elles n’éclipsent celles fondées exclusivement sur la protection et la vulnérabilité ? Comment éviter que seuls les réfugiés les plus qualifiés trouvent des possibilités d’asile.
Plusieurs pistes ont été évoquées :
- Plutôt que de restreindre l’accès aux voies légales aux réfugiés les plus qualifiés, ouvrir davantage les programmes de mobilité professionnelle existants aux réfugiés.
- Mieux articuler les besoins économiques des pays d’accueil avec leurs responsabilités en matière de protection internationale.
Cette réflexion a visé à encourager la création de voies réellement supplémentaires, et non substitutives.
Adapter les voies légales en période de crise
La seconde journée s’est concentrée sur la manière de maintenir et renforcer les voies sûres et légales dans un contexte global de crise sécuritaire et de montée des discours anti‑immigration.
Trois ateliers thématiques ont permis d'approfondir des enjeux clés.
Réunification familiale : un droit de plus en plus menacé
Face aux mesures restrictives adoptées par plusieurs États européens, les participants ont réfléchi à :
- renforcer le plaidoyer,
- adapter la collecte de données,
- développer de nouvelles stratégies juridiques pour protéger ce droit fondamental.
Protection renforcée pour les femmes à risque, les personnes LGBTQI+ et les défenseurs des droits humains
Les intervenants ont souligné que les voies légales peuvent devenir de véritables outils de politique étrangère centrée sur les droits humains. Dans certaines situations, l’évacuation est la seule possibilité de sauver des vies.
La session a mis en lumière la nécessité de renforcer la coopération avec les organisations de défense des droits humains, notamment lorsque les dispositifs existants (comme les visas humanitaires en France) restent imprévisibles.
S’appuyer sur les ONG locales dans les pays de départ
Dans des contextes où les acteurs internationaux ne peuvent plus intervenir — comme au Niger depuis 2021 ou au Liban lors des frappes de 2024 — les ONG locales s’imposent comme des partenaires indispensables.
Elles jouent un rôle clé dans :
- l’identification des personnes,
- l’orientation et l’évaluation,
- les services de préparation au départ (accompagnement social et médical notamment).
Ces partenariats pourraient aussi renforcer durablement la société civile, souvent mise sous pression par les autorités locales.
Un plaidoyer pour le développement de voies sûres et légales
Les deux journées de travail ont convergé vers une conviction forte : un plaidoyer constant et structuré est indispensable pour maintenir et développer les voies sûres et légales.
Ces dispositifs ne relèvent pas uniquement de la politique migratoire : ils constituent des outils essentiels de cohésion sociale, d’intégration, de politique étrangère et de défense des droits humains.
Dans un contexte international marqué par l’instabilité, l’importance de ces voies n’a jamais été aussi grande et voir une telle diversité d’acteurs s’intéresser à ce sujet nous offre, dans un contexte pourtant difficile, un réel signe d’espoir.